INTROCONVERSOMATIC 64                                                                   
DALLEGRET                                       EXPO MUDAM LUXEMBOURG 2007

 

Bizarre, je dirais même plus, BIZARRE. Seule une telle « revue de littérature illéttrée » pouvait oser publier en 1964 une telle invention, le NNMA, pour l’iNtro/coNvers/oMatic, une «machine interactive portable, détectrice et dé-lectrice d’intentions psychiques à lire, écouter et déchiffrer…» selon Pierre Saddy, un ordinateur avant la lettre, en fait à l’interface de l’ère mécanique achevée par la guerre et d’une ère informatique nouvelle, générée par elle mais encore en gestation, et révélée tout à coup par une résurgence dadaiste qui y aurait trouvé réponse comme, jadis, dans la dissidence surréaliste…

DaDallégret est bien en ligne! Hormis l’aspect révolutionnaire du Dada des années 1920, contre une civilisation occidentale congédiée par la Grande Guerre, le parallèle est en effet frappant : le hasard ludique à l’origine même du nom, la provocation par dérision des modes d’expression dépassés, la truculence provocatrice des manifestations publiques et l’absurdité subversive des nouvelles façons, les calembours visuels et langagiers pour les raconter, comme les ready-made de Duchamp, les photomontages d’Hausmann, les collages inventifs d’Arp et d’Ernst ou le charabia de Breton…

Comme aussi les machina de Dallegret, «inventeur connu des amateurs pour ses carrosseries de voitures et ses machines, mais qui n’est pas étranger aux problèmes de communication des hommes» selon Bizarre. Alors étudiant à Paris, à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, il invente à cette fin un bidule portatif dont les dessins sont exposés à la galerie Iris Clert. Selon le mode d’emploi, elle est composée d’un casque d’écoute à palpeur encéphalique avec écouteurs suggestionnels, d’un écran de réintégration de la matière, d’un micro à courbe de réponse infinie, de bras télescopiques (non canadiens. ndlr), d’un corps émetteur-récepteur transducteur d’idéogrammes à émission vidéo-spatiale avec mémoire à cavité résonnante intermoléculaire, enfin d’un clavier à pression différentielle auto-asservie au psychisme de l’utilisateur…

Tout ça pour lui permettre, styliste sur une tour ou alpiniste sur un pic, de capter quelque onde perdue, effluve minérale, émissions de peuples imperceptibles qui cohabitent au plus loin des mondes…Pour favoriser un interconditionnement par zonage électromagnétique, réseaux d’astronefs, projections médiumniques, franges d’ondes et saturation de l’espace…La nouvelle info-mécano préserve l’intégrité mentale par filtrage des échanges, relaye l’activité mentale par bouclage des circuits et assure la prophylaxie de l’introspection. Elle permet ainsi l’imbrication des mondes, à l’image de l’impulsion électrique qui franchit les ponts graphiques des schémas… Elle amène une expansion du domaine mental dans un rayon de mémoire impénétrable mais préservé par le goût de l’objet curieux qui est le fait du collectionneur…Émerveillement devant le fragile éclair que la complexité froide des métaux a saisi et préservé jusqu’à moi, dit-il…il faut tout espérer du monde technologique!

Jean Décarie
010407

 

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