ART FICTION 66                                                                   
DALLEGRET                                       EXPO MUDAM LUXEMBOURG 2007

 

Après la publication des dessins de Dallegret pour l’article de Reyner Banham en 1965, la revue Art in America lui consacre en avril 1966 une présentation propre, ART FICTION, comprenant également six dessins « mécaniques » dont le premier en page couverture.

Art Fiction, comme la Science du même type, et peut-être influencé par la conquête spatiale du moment, exploite aussi le thème d’une technologie futuriste, cette fois appliquée à l’environnement céleste plutôt que terrestre, celui de l’artiste du futur, de l’homme de main de demain, astro-cosmo-naute de et dans l’espace, qui ne fabrique plus des œuvres d’art matérielles, mais produit des émanations électriques créant des stimulations atmosphériques esthétisantes captables par les collecteurs connectés. Ces effets sensoriels naturels et supranaturels encore inconnus iraient de l’éréthisme à l’apesanteur, de la propulsion à des années lumières ou, à rebours, à des ères séculaires…«Ce sera la fin de Descartes…et de Braque », selon Dallegret

Ces six dessins présentent notre nautonier avec ses outils et dans ses postures de travail : en page couverture, étendu étendant les bras étreignant l’univers et ses radiations; puis une autre à cheval sur deux boules qui roulent dans l’espace inter. Deux autres décrivent l’attirail de travail et le travailleur lui-même. D’abord dans son costume d’opéra cosmique, plus qu’un habit, une véritable usine, une armure à électro-puncture multiple dotée d’un squelette porteur de circuits input-output, de bras émettant les pulsions positives, et d’un plumage assurant protection-émission-réception. Ensuite le bonhomme lui-même, avec sa boîte crânienne extensible pour expansion de substance grise, elle aussi dotée de sens sans bon sens, une antenne médiatrice, deux pénétromètres oculaires de vision cosmétique, deux tambours auriculaires et deux inhalateurs nasaux de mémoire olifactive, enfin un tabulateur auto-bucal de soutien gustatif.

Un cinquième dessin fait démonstration de l’action, l’Active Art Apreciation, où l’on voit l’artiste comique à l’œuvre et à l’épreuve commençant à produire l’ environnement électro-esthétique en émettant des vagues réfractaires vers un collecteur-appréciateur étendu à ses pieds. Enfin, le dernier dessin nous fait voir cet environnement lui-même : une vue aérienne du High Art Space Way Complex (intraduisible), à la fois musée, centre d’art, magasin, parc, église, usine, laboratoire, une structure-spagetti type de l’architecture organico-électrique du futur. Cette structure sous-tend et sustente le système circulatoire optimisant les contacts avec une plèbe flottante de grande densité que l’on voit pour cela converger vers le Centre Spatial…

Jean Décarie
220507

 

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