VILLA IRONIQUE - 1983
Exposition "Images et imaginaires d'architecture",
Paris
La VILLA IRONIQUE est un dessin fait à
l'encre de chine sur acétate. Il fut exposé à "Images
et imaginaires d'architecture" au Centre Georges Pompidou en 1987
et à la XVIIe Triennale de Milan. Premier de la série "le
monde à l'envers", ce dessin transpose le thème de
la villa dans une perspective «moderne» où la fonction
d'habiter s'exprime à travers une symbolique technique ... "
rêve de performance à toute épreuve, de nécessités
infaillibles". La VILLA IRONIQUE montre un système d'éléments
composites qui, reliés les uns aux autres par un jeu de superposition
d'étages et de filiations structurelles, forment une chaîne
de transformation, de gestation. A l'entrée, la matière
brute, à la sortie, le produit. Le fonctionnement de cette villa-machine-pondoir
se décompose en cinq phases :
réception, transformation, émission, réalisation,
consommation.
Ce dessin qui peut être lu dans sa position actuelle, à l'endroit,
ou dans sa position éventuelle, à l'envers, est l'image
inaugurale (dessin clé)d'un vaste projet audio-visuel présentant
sous forme de "clip" infographiques le monde à l'envers
de François Dallegret ... monde glouton, euphorique de modernité
et fou de progrès ... paradis artificiel, purgatoire des réalités
et enfer du fantasme...
Temple moderne où des marchands d'illusions célèbrent
leur culte, immolent nos rêves en sacrifice, la VILLA IRONIQUE incarne
à la fois la faillite éthique et l'irrémédiable
destinée du progrès. Et bien que celui-ci ne nous autorise
guère l'arrêt sur l'image, la Villa ne le représente
pas moins "à plat", figé dans le réseau
inextricable des lignes d'un dessin mécanique sans profondeur ...
presque sans vie. Il apparaît ainsi comme le fait accompli d'une
ingénierie calculée, rigide, plane et systématique,
comme le rigorisme fossile de ces préjugés futuristes propres
aux techniciens de la modernité.
Aire de réception et de mise en oeuvre de produits à habiter,
de fournitures "architectonifiantes" aux fonctions curatives
et de fantasmes réifiés en de multiples composantes mécaniques,
la VILLA IRONIQUE nous montre du dehors et du dedans la physionomie d'une
société d'opulence technophile. Une société
productive aux désirs inassouvis dont elle fixe le prototype dans
l'icône du fantastique, du simulacre. Image tabou et insensée,
tableau byzantin, fiction de vérité, l'icône révèle
les traits complexes d'une vierge offensante. Idole païenne convertie
à la foi du plus fort qui invoque d'une prière incantatoire
la clémence des Dieux pour le petit homme nu, pour le salut du
bon people:
charme ou sortilège?
Serges Gagnon Ph.D
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